Quand Tiphaine a commencé à regarder les offres de type emploi de médecin coordonnateur d’EHPAD, elle imaginait un poste très administratif, loin du soin et du quotidien des résidents.
Elle associait la maison de retraite à la perte d’autonomie, à la fin de vie, au manque de personnel soignant et à une charge émotionnelle trop grande. Après plusieurs années de médecine intense, elle cherchait un exercice plus soutenable, pas une retraite professionnelle anticipée.
Quelques mois après son arrivée dans une résidence médicalisée, son regard a changé. Tiphaine a découvert que le rôle de médecin coordonnateur en EHPAD ne consiste pas à gérer des dossiers à distance. Il consiste à organiser la coordination des soins, à soutenir une équipe soignante et à améliorer concrètement la prise en charge des personnes âgées.
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Quel est le rôle du médecin coordonnateur en EHPAD ?
« Je pensais passer mes journées dans l’administratif. En réalité, je suis au cœur des décisions qui améliorent concrètement le quotidien des résidents. »
Le médecin coordonnateur assure l’encadrement médical de l’équipe soignante, sous la responsabilité et l’autorité administratives du responsable de l’établissement. Il ne peut pas exercer la fonction de directeur de l’EHPAD : les responsabilités sont distinctes.
Son rôle est de garantir une organisation cohérente des soins au sein de l’EHPAD.
Il travaille avec :
- les infirmiers,
- les aides-soignants,
- le psychologue,
- les kinésithérapeutes,
- les médecins traitants,
- les intervenants libéraux,
- les pharmaciens,
- les partenaires de santé locaux.
Le médecin coordonnateur n’a pas vocation à remplacer systématiquement le médecin traitant. Il peut toutefois assurer le suivi médical de certains résidents qui le souhaitent et réaliser des prescriptions médicales dans les conditions prévues par la réglementation.
Les missions principales du médecin coordonnateur
- Élaborer le projet général de soins avec l’équipe soignante et organiser sa mise en œuvre.
- Construire un programme de prévention : chutes, dénutrition, risque infectieux, douleur, perte d’autonomie, risque médicamenteux ou dégradation de l’état de santé.
- Donner un avis sur chaque admission en évaluant la compatibilité entre les besoins de la personne âgée et la capacité de prise en charge de l’établissement.
- Présider la commission de coordination gériatrique et organiser la collaboration entre les professionnels salariés et libéraux.
- Évaluer l’état de dépendance du résident et ses besoins en soins.
- Veiller aux bonnes pratiques gériatriques et à la qualité de la prise en charge médicale.
- Contribuer à l’adaptation des prescriptions de médicament et des dispositifs médicaux.
- Participer à la mise en place d’un programme de formation pour les professionnels de santé.
- Coordonner le rapport annuel d’activité médicale avec le directeur de l’établissement.
- Identifier les ressources du territoire : centre hospitalier, hôpital de proximité, HAD, équipe mobile, service d’aide à domicile ou dispositif de santé spécialisé.
Ce métier demande donc une vraie compétence médicale, mais aussi une capacité à organiser, à transmettre une information claire et à travailler dans une grande structure comme dans une petite résidence.
Comment évaluer les besoins des résidents en EHPAD ?
L’évaluation commence avant l’accueil. Le médecin coordonnateur analyse le dossier d’admission, échange avec la famille, le médecin traitant ou le professionnel référent, puis vérifie que l’EHPAD peut réellement assurer la prise en charge nécessaire.
Cette étape évite de placer une personne dans un établissement qui ne dispose pas du personnel, du matériel ou de l’organisation adaptée à sa situation médicale. Un EHPAD n’est pas seulement un lieu d’hébergement ou de logement : il doit proposer un accompagnement, des soins et une vie sociale adaptés.
À l’entrée, le médecin coordonnateur organise une évaluation gériatrique.
Elle porte notamment sur :
- l’autonomie et les capacités restantes ;
- les maladies chroniques et les traitements ;
- la douleur, la nutrition et le risque de chute ;
- les troubles cognitifs ou du comportement ;
- les besoins de prévention ;
- le projet de vie, les habitudes et les souhaits du résident ;
- la place des proches dans l’accompagnement.
Le projet personnalisé comprend un projet de soins et un projet de vie. Il ne doit pas rester un document rangé dans un dossier. Il guide la pratique quotidienne de l’équipe, de l’admission jusqu’aux situations de fin de vie.
« Je ne soigne pas moins en EHPAD. Je soigne autrement, avec une vision plus globale de la personne âgée et de son parcours. »
Comment devenir médecin coordonnateur en EHPAD ?
Pour devenir médecin coordonnateur, tu dois être médecin et disposer d’une qualification reconnue en gériatrie ou en coordination gérontologique.
La formation pour être médecin coordonnateur en EHPAD peut prendre plusieurs formes.
L’arrêté de 1999 exigeait un DESC de gériatrie, une capacité de gérontologie ou un DU de médecin coordonnateur. Depuis le décret de 2025, le DIU national de médecine de la personne âgée fait également partie des diplômes reconnus.
Le diplôme de médecin reste la base. Mais une expérience de médecine générale, de gériatrie, de médecine polyvalente, de centre hospitalier, de soins de suite ou de médecine de ville peut aussi aider à comprendre les enjeux de coordination.
À noter : un médecin recruté sans diplôme spécifique doit s’engager à suivre la formation requise dans les 3 ans. Le contrat doit prévoir les modalités de cette formation et sa prise en charge financière. Avant de signer, prends conseil auprès de l’Ordre, d’un organisme de formation ou d’un professionnel déjà exerçant en EHPAD.
Quelles sont les réglementations pour les médecins coordonnateurs ?
La réglementation figure dans le code de l’action sociale et des familles, consultable sur le site Legifrance.gouv.fr. Les articles précisent les conditions d’exercice, le temps de présence, les missions, la rémunération et le contenu du contrat.
Tout EHPAD doit disposer d’un médecin coordonnateur. Le temps minimal de présence dépend de la capacité autorisée de l’établissement : il varie de 0,40 ETP à 1 ETP selon le nombre de places.
Un médecin peut exercer dans plusieurs établissements, à condition que son temps de coordination et ses moyens soient clairement définis.
Le décret relatif aux missions et conditions d’exercice publié en septembre 2025 a renforcé plusieurs éléments : programme de prévention, rapport annuel d’activité médicale, rôle de l’infirmier coordonnateur et recours limité à la télécoordination lorsque l’établissement ne peut pas assurer la présence requise.
La télécoordination ne doit pas devenir une solution de confort. Elle répond à une difficulté temporaire de recrutement et suppose un cadre précis, une information de l’autorité compétente et une organisation sécurisée des interventions à distance.
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Quel salaire pour un médecin coordonnateur d’EHPAD ?
Le salaire dépend du statut, du temps de travail, de l’ancienneté, de la région, de la taille de l’EHPAD et du niveau de responsabilité attendu. Il n’existe donc pas un prix unique pour le métier.
Dans le privé, la rémunération dépend souvent de la convention collective, du groupe, de la fondation ou de l’association gestionnaire.
Dans le public, elle peut être fixée par référence à la rémunération d’un praticien hospitalier, d’un praticien attaché ou d’un médecin territorial.
Ne compare jamais uniquement le salaire. Évalue aussi la charge des personnes accueillies, le niveau de dépendance, le soutien du directeur, la stabilité de l’équipe, les moyens médicaux et la possibilité d’assurer une activité clinique complémentaire.
Quelles offres d’emploi pour médecin coordonnateur ?
Les offres d’emploi existent en EHPAD privé, associatif ou public, dans une fondation, une maison de retraite, une résidence médicalisée, un centre hospitalier ou une structure rattachée au service public. Tu peux également trouver des postes auprès d’un Centre d’action sociale ou dans des établissements gérés par une collectivité.
Les postes peuvent être proposés :
- à temps partiel, souvent entre 0,4 et 0,8 ETP ;
- à temps plein dans les grands EHPAD ou lors d’un exercice sur plusieurs sites ;
- en CDI, plus rarement en remplacement ;
- avec une activité de médecin traitant ou une activité libérale complémentaire ;
- avec un programme de formation financé ;
- avec une part de télécoordination, à examiner avec prudence.
Avant de rejoindre un établissement, fais une visite. Rencontre le directeur, l’infirmier coordonnateur, les soignants et, si possible, un médecin traitant intervenant dans la structure. Demande quel est le taux de turn-over, comment sont gérées les urgences, quel est le recours au centre hospitalier et comment les familles sont accompagnées.
Pourquoi Tiphaine aime finalement ce métier
Tiphaine ne cherchait pas à quitter la médecine. Elle voulait sortir d’un exercice où chaque journée ressemblait à une course. En EHPAD, elle a retrouvé du temps pour réfléchir, évaluer une situation complexe, anticiper les risques et participer à une prise en charge plus complète.
Ce qui lui plaît le plus ? La collaboration. Une aide-soignante repère un changement de comportement. Un infirmier alerte sur une douleur inhabituelle. Un psychologue apporte un éclairage sur la vie du résident. Le médecin traitant ajuste une prescription. Le médecin coordonnateur relie ces informations et aide l’équipe à mettre en œuvre une réponse cohérente.
Elle apprécie aussi de pouvoir agir auprès de plusieurs résidents grâce à la prévention, à la formation et à l’évolution des pratiques. Cette fonction reste exigeante. Elle implique de gérer les difficultés, de veiller à la qualité, d’assurer la coordination médicale et de rester disponible dans les situations urgentes.
« J’aime relier les informations de l’équipe, des familles et des médecins traitants pour construire une prise en charge vraiment cohérente. »
Mais pour un médecin qui aime la gériatrie, l’accompagnement, la responsabilité collective et l’organisation du soin, ce poste peut devenir une vraie évolution professionnelle.
Ce qu’il faut vérifier avant d’accepter un poste
Pour savoir dans quoi tu t’engages, voici quelques conseils de Tiphaine.
« Renseignes-toi sur :
- Le nombre de résidents et la capacité de l’établissement.
- Le temps de présence prévu pour la coordination.
- Les conditions de travail du personnel soignant.
- La présence d’un infirmier coordonnateur et d’un psychologue.
- Les relations avec les médecins libéraux et les partenaires locaux.
- Les moyens prévus pour réaliser les missions et le projet de soins.
- Le niveau de soutien du directeur et la place accordée au médecin dans les décisions.
- La rémunération, le contrat, les congés et la possibilité d’exercer une autre activité médicale.
Cela évitera les mauvaises surprises. »
Le métier de médecin coordonnateur est une autre manière d’exercer la médecine : plus collective, plus préventive et souvent plus compatible avec une vie personnelle équilibrée. Si tu as des doutes, nous pouvons t’accompagner pour y voir plus clair.
Avant de refuser cette voie par principe, prends le temps de voir un EHPAD de l’intérieur. Tu peux demander un journée d’immersion pour mieux comprendre le quotidien d’un médecin coordonnateur en EHPAD.
Tiphaine a conclu notre interview sur cette phrase :
« Je n’imaginais pas aimer autant ce poste. Aujourd’hui, je me sens utile sans avoir le sentiment de m’épuiser chaque jour. »
A très vite pour de nouvelles inspirations grâce à nos réseaux Med Reconversion !
ET POUR LES INFIRMIER(E)S : Nous n’avons pas oublié de penser à vous ! Depuis 2020, un espace en ligne ainsi qu’un programme spécifique ont vu le jour. Ce dispositif te permet de profiter d’une évaluation de tes compétences réalisée par une infirmière, à l’intention des infirmières. Les conseils utiles sont faits pour être partagés, donc n’hésite pas à en informer tes collègues désireux de prendre un nouveau départ !










