Faire évoluer son exercice sans quitter la médecine, c’est souvent ce que recherchent de nombreux praticiens. C’est exactement le choix qu’a fait Jérôme, médecin libéral, lorsqu’il a décidé de devenir médecin agréé du permis de conduire. Il ne voulait pas abandonner la consultation, ni renoncer au soin, mais ajouter à sa pratique une activité utile.
Le rôle du médecin agréé consiste à participer au contrôle médical de l’aptitude à la conduite. Sa pratique est cadrée, le médecin est agréé par le préfet. Sa mission est directement liée à la sécurité routière et à la santé publique. En clair, il ne remplace ni le médecin traitant, ni la commission médicale lorsqu’elle est compétente, mais il intervient pour évaluer si une personne est médicalement apte à conduire un véhicule sur la voie publique. Cette mission concerne aussi bien le candidat au permis que le titulaire du permis, selon sa situation, son état de santé, une affection médicale, une pathologie, un trouble, ou encore une mesure décidée par le préfet.
Je suis Marion, médecin généraliste à l’origine de Med Reconversion. Aujourd’hui, j’accompagne aujourd’hui les médecins qui souhaitent faire évoluer leur pratique.
Pourquoi devenir médecin agréé du permis de conduire ?
Dans le témoignage de Jérôme, un point revient souvent : il cherchait une activité médicale sérieuse, avec un cadre légal clair, une utilité publique et une vraie dimension d’évaluation. Il explique que cette pratique lui a permis de diversifier son exercice, de mieux gérer son temps, et de conserver une mission à forte valeur sociale. En effet, le médecin agréé participe à la prévention du risque routier en rendant un avis médical qui peut conditionner l’obtention du permis, son renouvellement, son maintien ou sa restriction.
Pour un médecin généraliste ou un autre spécialiste, devenir médecin agréé peut donc représenter une évolution cohérente : l’activité reste clinique, réglementée, et directement connectée au code de la route, à l’organisation du contrôle médical et aux enjeux de conduite automobile. C’est aussi une pratique utile pour répondre à une demande très concrète des usagers : quels documents fournir, quels examens peuvent être requis et quelles conséquences un avis d’aptitude peut avoir sur le permis.
« C’est une activité qui demande de la rigueur, mais qui apporte aussi une vraie satisfaction professionnelle. »
Comment devenir médecin agréé ?
Aujourd’hui, pour devenir médecin agréé du permis de conduire, il ne te suffit plus d’en faire la demande de manière informelle. Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er juin 2025, l’agrément est délivré, sur demande, par le préfet du département où le médecin souhaite exercer. Un même praticien peut d’ailleurs être agréé dans plusieurs départements.
Concrètement, tu dois constituer un dossier, l’adresser au service compétent de la préfecture, puis attendre la décision préfectorale. Le plus simple est de contacter la préfecture de son département par mail, courrier ou via le site officiel pour connaître la démarche locale, la liste des pièces à joindre, le type de formulaire attendu et les modalités de dépôt.
Quelles sont les conditions pour être agréé ?
Les conditions pour être agréé sont désormais précisées par l’arrêté modifié du 31 juillet 2012. Pour obtenir l’agrément, tu dois :
- être docteur en médecine,
- inscrit au tableau de l’ordre des médecins,
- disposer d’un numéro RPPS,
- ne pas avoir subi de sanction ordinale supérieure à un avertissement dans les trois années précédant la demande,
- ne pas avoir fait l’objet d’une décision d’abrogation récente dans certains cas,
- avoir suivi avec succès la formation initiale,
- répondre à des exigences de probité, d’honorabilité et de neutralité dans l’exercice professionnel.
Autrement dit, l’agrément ne repose pas seulement sur la compétence clinique, mais aussi sur un cadre déontologique clair, cohérent avec le code de déontologie.
Quelles formations pour devenir médecin agréé ?
La question de la formation est centrale. Là aussi, le texte légal a évolué. La formation initiale est désormais fixée à 14 heures. Elle comprend des modules médicaux et des modules plus administratifs ou épidémiologiques.
Les thèmes abordés portent notamment sur la mission du médecin agréé, les causes d’accidentalité, le cadre réglementaire, les principales affections médicales concernées, la responsabilité du praticien et la transmission de l’avis au préfet.
La formation continue, requise pour le renouvellement, dure désormais 6 heures. Elle vise une mise à jour des connaissances médicales et réglementaires.
En pratique, avant de t’inscrire, il faut vérifier que l’organisme de formation respecte bien le cadre applicable. Pour un médecin, il est prudent de valider le programme, le responsable pédagogique, la traçabilité de l’attestation et la conformité du module proposé, que la session soit organisée en présentiel ou dans un format mixte si l’offre locale le prévoit.
Jérôme insiste sur ce point : cette activité ne doit pas être abordée comme un simple plus administratif. Il faut une vraie préparation, un cadre, une capacité à répondre à une demande d’usager tout en gardant une posture médicale solide.
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La durée de validité de l’agrément est de 5 ans à compter de la notification de la décision préfectorale. Son renouvellement est également de 5 ans, à condition que tu remplisses toujours les critères requis et fournisses une attestation de formation continue suivie dans les six mois précédant l’expiration de l’agrément. C’est une information importante pour tout professionnel qui prépare sa démarche : l’agrément n’est pas acquis une fois pour toutes, il suppose un maintien des compétences et un suivi régulier.
À quoi ressemble le quotidien de Jérôme dans cette activité ?
Dans la pratique, Jérôme reçoit des personnes aux profils très variés. Certains viennent après une suspension liée à une infraction. D’autres sont adressés en raison d’une pathologie chronique, d’un trouble visuel, neurologique ou locomoteur, ou encore d’un traitement susceptible d’altérer la vigilance. Chaque consultation nécessite une analyse individualisée.
La visite médicale réalisée par Jérôme n’est pas une consultation de suivi classique. Le médecin examine ici une question précise : l’aptitude médicale d’une personne à la conduite. Pendant la consultation, le praticien étudie le dossier médical, peut faire remplir un questionnaire relatif à l’état de santé, réalise l’examen médical utile, et apprécie les éléments sensoriels, cognitifs et physiques nécessaires pour conduire.
Selon les cas, il peut demander des examens complémentaires, l’avis d’un spécialiste, un passage en commission médicale ou un test de conduite.
« Ce sont des consultations courtes en apparence, mais qui demandent une vraie attention clinique. »
La prise en charge du conducteur dépend donc de sa situation, du type de permis, de la présence d’une affection, d’une limitation fonctionnelle, d’un antécédent de consommation d’alcool, d’un trouble neurologique, visuel ou locomoteur, ou encore d’une mesure administrative ou judiciaire relative au permis de conduire.
Le principe général fixé par les textes est clair : la sécurité de tous les usagers prime sur l’intérêt individuel de pouvoir conduire. En pratique, l’aptitude à la conduite ne peut pas être accordée lorsqu’une affection médicale génère un risque non négligeable d’accident avec mise en danger d’autrui. À l’inverse, certaines affections sont compatibles avec la conduite, parfois avec restrictions, appareillage, aménagement du véhicule ou durée de validité limitée. Le médecin peut donc rendre un avis “apte”, “inapte”, “apte temporaire” ou la mention “apte avec restrictions”.
Il raconte :
« J’aime le côté très concret de ces consultations. On est là pour répondre à une question claire. Il y a un début, une analyse, une décision. C’est cadré. »
Ce cadre, justement, fait partie des éléments qu’il apprécie le plus. Les consultations sont ciblées, avec un objet défini. Il n’y a pas la même dispersion que dans d’autres formes d’exercice. Pour un médecin qui cherche à diversifier son quotidien sans perdre en exigence, c’est souvent un vrai point fort.
Où travaille le médecin agréé ?
Pour trouver médecin agréé, le conducteur doit consulter la liste des médecins agréés publiée sur le site internet de la préfecture de son département. Cette liste est aussi généralement accessible en préfecture, en sous-préfecture et parfois en mairie. Le médecin choisi ne doit pas être le médecin traitant de la personne. Pour certaines situations, notamment quand la commission médicale primaire est compétente, la démarche ne passe pas par un médecin agréé de ville.
Pour toi qui veux devenir médecin agréé, cette organisation montre bien la place du dispositif : il s’agit d’un service encadré, articulé avec la préfecture, la réglementation nationale et la chaîne de décision administrative liée au permis. Tu va donc voir d’autres patients que ceux que tu reçois habituellement. Tu pourras les recevoir à ton cabinet, ou dans un lieu dédié de commission médicale ou opter pour les deux possibilités.
Les avantages et les limites du métier selon Jérôme
Du côté des avantages, Jérôme cite d’abord la diversification :
Cette activité lui permet d’élargir ton exercice sans rompre avec ton identité de médecin. J’apprécie aussi le côté structuré des consultations, l’intérêt intellectuel de l’évaluation, et la possibilité d’intégrer cette mission à une organisation professionnelle déjà existante.
Mais il n’idéalise pas le rôle pour autant. Certaines consultations peuvent être délicates, notamment quand l’usager espère une validation immédiate du certificat médical et comprend mal les réserves du médecin. Il faut aussi accepter la responsabilité attachée aux avis rendus. Et il ne faut pas minimiser la nécessité de rester à jour sur les critères médicaux et réglementaires.
Pour lui, c’est justement ce réalisme qui rend l’activité intéressante :
« Ce n’est pas une solution miracle. C’est une vraie mission médicale, avec ses exigences. Mais pour un médecin qui cherche à faire évoluer son métier intelligemment, c’est une piste très sérieuse. »
Le conseil de Jérôme aux médecins qui veulent faire évoluer leur métier
« Mon conseil, ce serait de ne pas voir cette activité comme une simple formalité administrative ou un complément facile. Si tu veux devenir médecin agréé du permis de conduire, il faut aimer évaluer, décider et assumer un cadre clair. On ne vient pas juste signer un certificat : on rend un avis médical qui a des conséquences réelles pour le conducteur et pour la sécurité de tous. Si tu aimes les consultations structurées, le raisonnement clinique ciblé et les missions utiles, alors cette activité peut vraiment te convenir. »
Son parcours le montre bien : devenir médecin agréé du permis de conduire peut être une voie pertinente pour les médecins qui aiment l’évaluation, recherchent un cadre précis, et veulent diversifier leur pratique sans quitter la médecine. Ce n’est pas une reconversion spectaculaire. C’est souvent mieux que ça : une évolution lucide, utile et durable. Tu peux avancer sans trahir ton parcours ni ton identité. Tu peux construire une transition hybride. Tu peux choisir une voie où ton expérience (et donc ton âge) devient ton avantage, pas ton handicap.
Notre bilan de compétences peut t’aider à déterminer si cette voie pourrait te convenir pour faire évoluer ton quotidien.
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ET POUR LES INFIRMIER(E)S : Nous n’avons pas oublié de penser à vous ! Depuis 2020, un espace en ligne ainsi qu’un programme spécifique ont vu le jour. Ce dispositif te permet de profiter d’une évaluation de tes compétences réalisée par une infirmière, à l’intention des infirmières. Les conseils utiles sont faits pour être partagés, donc n’hésite pas à en informer tes collègues désireux de prendre un nouveau départ !










