Changer de spécialité en cours de carrière, ce n’est plus un tabou. De plus en plus de médecins s’interrogent sur la place qu’ils veulent occuper dans le système de santé. Certains aspirent à un exercice plus humain, d’autres cherchent à redonner du sens à leur quotidien, à retrouver un domaine qu’ils avaient mis de côté, ou simplement à évoluer avec leurs envies et leurs besoins d’aujourd’hui.
La spécialité choisie à 25 ans ne correspond pas toujours à celle que l’on souhaite exercer à 40. Et ce décalage, au lieu d’être un frein, peut devenir un formidable levier de réinvention professionnelle.
Grâce au dispositif du deuxième DES, il est aujourd’hui possible, sous certaines conditions, de se former à une nouvelle spécialité sans tout recommencer. Une opportunité encore peu connue, mais bien réelle. Et surtout, accessible.
Sophie, médecin généraliste depuis 16 ans, a sauté le pas. Elle raconte ici son parcours vers la psychiatrie, ses doutes, ses démarches, et ce qu’elle a redécouvert en retournant se former. Un témoignage inspirant pour tous les praticiens qui envisagent, eux aussi, d’évoluer autrement.
Sophie a 47 ans et depuis peu, elle est redevenue interne. Volontairement. Elle a décidé de changer de spécialité, de tourner une page, sans renier les précédentes, et de se lancer dans un nouveau chapitre : la psychiatrie. Elle est divorcée et maman de 2 enfants (12 et 14 ans).
Elle raconte son choix professionnel, mûri au fil du temps.
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Je m’appelle Marion et je suis à l’origine de Med Reconversion, un projet que j’ai lancé après avoir moi-même changé de carrière. Anciennement médecin généraliste, j’accompagne aujourd’hui les professionnels de santé désireux de réorienter leur parcours ou d’explorer de nouvelles opportunités professionnelles.
Une médecin expérimentée, un premier amour pour le « psy »
« J’ai toujours eu un intérêt fort pour la psychologie. Avant médecine, j’ai même fait une licence dans ce domaine. »
Dès le début, Sophie se voyait psychiatre. Mais au fil de son externat, elle s’oriente vers la médecine générale : une spécialité qu’elle juge plus transversale, plus ouverte, plus humaine.
« Toutes les spécialités m’intéressaient, je ne voulais pas choisir. Et la médecine générale me permettait d’avoir un peu de tout. » Elle s’y engage pleinement.
Après quelques années à l’hôpital, puis en libéral, elle découvre l’exercice en milieu carcéral. C’est une révélation. Elle y reste 11 ans.
« Ce cadre m’a passionnée. C’était intense, complexe, mais aussi très riche humainement. »
Elle devient cheffe de service, médecin PH, reconnue et investie dans son rôle. Mais au bout d’un moment, l’élan s’essouffle.
Un besoin de renouveau
« Depuis deux ou trois ans, je tournais en rond. Je retrouvais toujours les mêmes problématiques, sans marge de manœuvre pour les faire évoluer. »
L’aspect somatique des soins ne la nourrit plus autant. Elle sent un décalage grandir.
« Je prenais bien plus de plaisir dans les entretiens psy. Là, je ne m’ennuyais jamais. »
« Et j’ai aussi eu envie de voir un autre type de population, voir des femmes, des enfants (car la prison où je travaille ne reçoit que les hommes). »
L’idée de faire de la psychothérapie émerge… Puis celle d’un changement plus radical. « Je ne voulais plus simplement ajuster les contours. Je voulais changer de spécialité. »
Revenir à l’envie initiale : choisir la psychiatrie
Med Reconversion a accompagné Sophie dans sa réflexion : « J’ai réfléchi à plusieurs options : changer de lieu, me former à la psychothérapie… Mais rien ne me convenait vraiment. » Elle découvre alors le dispositif du deuxième DES. « L’idée de redevenir interne, de passer par différents services, de reconstruire une autre relation au soin… ça m’a tout de suite emballée. »
Elle contacte l’ARS, échange avec le chargé de mission carrière médicale, puis avec le coordonnateur du DES de psychiatrie. « Ils ont été très clairs, très accessibles. » Elle consulte les textes officiels, anticipe son dossier… et attend la publication du décret annuel.
« Cette année-là, le décret est paru fin avril : le jour même de la date limite des dépôts des candidatures! Mais l’université a été compréhensive compte tenue de la situation et a laissé quelques jours de plus ( j’avais heureusement anticipé et préparé la plupart de pièces). «
Cela a été une flexibilité bienvenue dans un processus parfois complexe.
📌 À savoir :
- Le deuxième DES est encadré par un décret annuel qui précise les postes ouverts et parait en avril.
- La candidature passe par un dossier et un entretien.
- Chaque université a ses propres modalités (pièces, calendrier).
- Le dispositif est encore méconnu, mieux vaut s’y prendre tôt.
Une sélection bienveillante
Sophie passe un entretien fin juin, devant trois personnes :
- le coordinateur du DES,
- un pédopsychiatre,
- un représentant de l’ARS.
« L’échange a duré 10 minutes. J’ai parlé de mon parcours, de mes motivations. Ils ont voulu savoir si je m’orientais vers la psychiatrie adulte ou vers la pédopsychiatrie. »
Il y avait 3 candidates pour 2 postes. Sophie a été retenue.
« Ils ont compris ce que je venais chercher. Mon projet était clair. »
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Une reprise d’internat pensée pour les praticiens expérimentés
« Ce 2ème internat doit durer au minimum la moitié de la durée normale de l’internat. L’internat de psychiatrie maintenant c’est 5 ans. Après discussion avec le coordonnateur, pour moi, la durée a été fixé à 3 ans (et à 2 ans et demi pour l’autre candidat admis qui avait déjà par le passé fait un début d’internat en psychiatrie). »
« Le coordinateur a été très ouvert. Il m’a laissée choisir les services où je voulais aller. » Elle précise : « Je ne prends pas la place d’un interne. Je suis en surnombre, et je dois en retour exercer trois ans dans le service public après la formation. »
Elle retrouve un rythme d’interne : temps plein, deux demi-journées hors stage (cours, formation), éventuelles gardes ou astreintes selon les services.
Et la rémunération ? « Je touche 85 % de mon ancien salaire de PH. Et je conserve mes primes d’engagement dans le service public. »
Sophie précise : « Il faut avoir en tête que ce dispositif est nouveau, peu connu des médecins et des services et qu’il y a quelques cafouillages et souvent de nombreux points à éclaircir au fur et à mesure! »
Sortir de sa zone de confort… pour mieux respirer
Les premières semaines ne sont pas évidentes. « Je me suis retrouvée à suivre un autre médecin toute la journée. J’avais perdu l’habitude. Mais c’est aussi très apaisant. » Elle ne porte plus la charge d’un service, n’a plus à gérer les plannings, les absences, les tensions. « Je redécouvre l’essentiel : écouter, comprendre, créer une alliance. »
Et surtout, elle se sent alignée. « Je suis soulagée de ne plus avoir à examiner les patients physiquement. Ce n’est pas que je n’aimais pas ça, mais aujourd’hui, ce n’est plus là que je me sens utile. » Elle parle de légèreté retrouvée, d’une curiosité qui revient. « Je retrouve de l’enthousiasme et de la motivation à consulter et à voir les patients et je me sens légère de ne plus avoir à les examiner physiquement ! »
Une suite encore ouverte, mais déjà pleine de sens
Psychiatrie de liaison ? Pédopsychiatrie ? Expertise ? Elle ne veut pas trancher trop vite. « J’ai commencé ce deuxième DES avec plusieurs idées, mais je me laisse surprendre. Peut-être que je découvrirai une autre facette de la psychiatrie qui me parlera encore plus. »
Ce qu’elle sait, c’est qu’elle restera 3 ans dans le public après l’internat : « J’ai signé un contrat d’engagement également car il faudra que je travaille après l’internat 3 ans dans le service public (ou privé à but non lucratif). » Elle souhaite continuer à exercer de façon alignée. « Je veux garder ce sentiment d’utilité, mais sans me perdre. Je veux rester engagée, sans m’épuiser. »
Changer de spécialité : un vrai choix, possible et structuré
Le parcours de Sophie illustre une réalité encore peu connue : oui, on peut changer de spécialité en cours de carrière. Et non, ce n’est pas une folie ou un caprice. C’est une démarche encadrée, exigeante mais accessible, qui répond à un besoin réel d’évolution professionnelle chez les médecins.
« Je ne tourne pas le dos à mon passé. J’en fais une base solide pour autre chose. Je continue d’être médecin, mais autrement. »
De plus en plus de praticiens s’autorisent à explorer une autre voie pour aller là où ils se sentent, à nouveau, pleinement à leur place. Si, comme Sophie, tu souhaites profiter de notre accompagnement, contacte-nous dès maintenant.
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ET POUR LES INFIRMIER(E)S : Nous n’avons pas oublié de penser à vous ! Depuis 2020, un espace en ligne ainsi qu’un programme spécifique ont vu le jour. Ce dispositif te permet de profiter d’une évaluation de tes compétences réalisée par une infirmière, à l’intention des infirmières. Les conseils utiles sont faits pour être partagés, donc n’hésite pas à en informer tes collègues désireux de prendre un nouveau départ !










