Liliana est médecin référent à la protection de l’enfance (MRPE) au sein d’un département. Pendant longtemps, elle a exercé une médecine plus classique, entre activité de médecin généraliste, travail avec des partenaires du champ hospitalier, de la PMI et du secteur scolaire. Puis elle a choisi un autre métier : celui de médecin référent à la protection de l’enfance.
« Je ne soigne plus seulement dans une logique de consultation. Mon travail consiste à faire le lien entre la santé, le social, l’action sociale, la justice et les services départementaux. Mon rôle est d’aider à mieux repérer les enfants en danger, les mineurs en danger ou en risque de l’être, d’améliorer la prise en charge et de soutenir les professionnels face à des situations complexes. »
Si tu cherches à comprendre quelles sont les missions du médecin référent, quel est le rôle du médecin dans la protection de l’enfance, comment signaler une information préoccupante, quelles formations pour le médecin référent et comment devenir médecin référent à la protection, nous allons te répondre sans détour, à partir de son expérience de terrain.
Je suis Marion, médecin généraliste à l’origine de Med Reconversion. Aujourd’hui, j’accompagne aujourd’hui les médecins qui souhaitent faire évoluer leur pratique.
Pourquoi j’ai choisi la protection de l’enfance
J’ai choisi ce parcours parce que je voulais continuer à exercer la médecine tout en participant à une politique de protection plus large. En protection de l’enfance, le médecin référent joue un rôle :
- de coordination,
- d’expertise,
- de repérage.
Il apporte un regard médical sur la santé physique, la santé psychique, le développement, la vulnérabilité, la situation de handicap, les carences, les violences et les besoins de protection de l’enfant.
« Très vite, j’ai compris que ce poste n’avait rien d’un rôle administratif vide. C’est un service profondément humain. Je participe à la mise en œuvre de la politique départementale, en lien avec :
- l’aide sociale à l’enfance,
- la protection maternelle et infantile (PMI),
- la santé scolaire du département,
- les médecins libéraux,
- les partenaires hospitaliers,
- le service social,
- les équipes de terrain,
- parfois le juge des enfants,
- et parfois le procureur de la République.«
Quelles sont les missions du médecin référent à la protection de l’enfance ?
La mission de ce médecin référent ne se résume pas à donner un avis. Elle s’inscrit dans un cadre précis, relatif à la protection des mineurs, avec une logique d’évaluation, de recueil, de coordination et de soutien aux équipes.
« Concrètement, voici ce que je fais.
- J’aide au repérage des enfants en danger ou en risque de danger.
- J’apporte une expertise médicale sur la situation d’un enfant ou d’une famille.
- Je participe à l’évaluation des informations préoccupantes avec la cellule départementale, la cellule de recueil et les acteurs départementaux.
- Je propose des conduites à tenir quand un professionnel se demande comment signaler une information préoccupante.
- Je facilite le partenariat entre PMI, ASE, hôpital, médecins libéraux, santé scolaire, pédopsychiatrie et service social.
- Je veille à la prise en compte de l’intérêt de l’enfant, de son état de santé, de son suivi médical et de ses besoins de soin.
- Je contribue à la formation des équipes et à l’acquisition de connaissances partagées entre les acteurs.
- Je participe à la réflexion sur les outils, les protocoles, l’accueil, l’orientation et la coordination des parcours.
Dans la vraie vie, cela veut dire que je peux être sollicitée par un assistant social, une sage-femme, un médecin généraliste, un pédiatre, une équipe de PMI, un établissement, un centre médico-social, un service de santé publique, une cellule santé ou un cadre départemental. Je suis là pour aider à analyser la situation préoccupante, à sécuriser la décision et à éviter qu’un enfant reste seul face au danger. »
Quel est le rôle du médecin dans la protection de l’enfance ?
Le rôle du médecin dans la protection de l’enfance, ce n’est pas de se substituer à tout le monde. Ce n’est pas non plus de décider seul. Le médecin joue un rôle clé parce qu’il peut objectiver des éléments de santé, repérer des signaux faibles, faire le lien entre symptômes, contexte de vie, développement de l’enfant et environnement familial.
« Dans mon quotidien, je regarde :
- la santé physique,
- la santé mentale,
- l’histoire médicale,
- le développement du mineur,
- la qualité du suivi,
- l’accès aux soins,
- la cohérence du discours,
- la place de l’autorité parentale,
- la sécurité,
- le risque de rupture de parcours,
- la qualité de la prise en charge.
Dans certains cas, j’interviens pour un enfant confié à l’ASE. Dans d’autres, je contribue avant même qu’une mesure ne soit décidée. »
Le MRPE évolue dans un espace très sensible : celui du secret professionnel. Il faut connaître le droit, la logique du code de l’action sociale et des familles, les protocoles internes et la bonne articulation entre protection, confidentialité et obligation d’agir.
C’est une fonction à la fois médicale, juridique et professionnelle.
Quels sont les enjeux de la protection de l’enfance ?
Les enjeux sont immenses. Derrière chaque dossier, il y a une personne, une histoire, une fragilité, parfois des violences anciennes, parfois un épuisement parental, parfois une situation de handicap, parfois des besoins en pédopsychiatrie, parfois une errance dans le système de santé.
La protection de l’enfance, ce n’est pas seulement protéger contre un acte grave. C’est aussi :
- prévenir les ruptures,
- soutenir le développement,
- garantir un suivi,
- assurer un accueil adapté,
- renforcer la solidarité autour de l’enfant protégé.
Ce champ demande une vraie coordination entre les acteurs départementaux, la collectivité, les services de l’aide sociale, les services de santé publique, la PMI, les équipes scolaires, le secteur hospitalier, les professionnels libéraux, les magistrats et les partenaires associatifs. C’est un travail de fond, parfois discret, mais essentiel.
Quels sont les outils pour le médecin référent ?
Un bon médecin référent ne travaille pas à l’intuition seule. Il s’appuie sur des outils, des protocoles, des procédures et un réseau.
Pour Liliana, les outils indispensables sont les suivants :
- la fiche d’information préoccupante du département ;
- les protocoles de recueil, de traitement et d’évaluation des informations préoccupantes ;
- les grilles de repérage des signes de maltraitance, de négligence et de danger ;
- les réunions de coordination avec les équipes de PMI, d’ASE et de santé ;
- les annuaires de partenaires, le contact direct avec les médecins et les services ;
- les formations en santé publique, pédiatrie, pédopsychiatrie, droit et protection ;
- les données de l’observatoire départemental et les travaux du conseil national ;
- les ressources du service public.
Pour les équipes, ce type de services évite beaucoup de temps perdu.
Comment devenir médecin référent à la protection de l’enfance ?
Il n’existe pas une seule route. Pour devenir médecin référent à la protection de l’enfance, il faut déjà être médecin, puis construire une vraie connaissance du champ de l’enfance, du social, de la santé, du droit, du travail en réseau et de la protection.
Le cadre légal prévoit avant tout que le MRPE soit un médecin des services départementaux, désigné par le président du conseil départemental. Son rôle est d’organiser les coordinations nécessaires entre les services du département, la CRIP (cellule de recueil, de traitement de d’évaluation des informations préoccupantes)et les professionnels de santé du territoire.
Les profils viennent de la médecine générale, de la pédiatrie, de la santé publique, de la PMI ou d’un parcours mixte.
Ce qui compte, ce n’est pas seulement le diplôme initial. C’est ta capacité à travailler en équipe, à lire une situation complexe, à apporter un avis argumenté, à participer à la mise en œuvre d’une politique départementale et à tenir dans un univers où le médical, le social et le juridique se croisent chaque jour.
Si tu cherches comment devenir médecin référent à la protection de l’enfance, regarde les offres d’emploi de la fonction publique territoriale. Tu verras des annonces de collectivité, souvent en catégorie A, parfois sur un poste territorial, parfois territorial ouvert, parfois ouvert aux contractuels.
Quand tu lis une annonce, regarde toujours le niveau de coordination demandé, la place de la PMI, de l’ASE, de la santé scolaire, la relation au président du département, aux cadres, au centre départemental, au service et aux partenaires. Regarde aussi si le poste permet de participer à des travaux départementaux, à la création d’outils, au suivi d’un projet ou à la coordination de parcours. Cela te permettra de sélectionner les annonces qui te correspondent mais aussi de savoir de quoi parler lors de ton entretien.
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Quelles formations pour le médecin référent à la protection de l’enfance ?
Il n’existe pas une formation unique qui ferait tout. En revanche, certaines briques sont très utiles :
- pédiatrie,
- pédopsychiatrie,
- santé publique,
- protection de l’enfance,
- droit des mineurs,
- violences intrafamiliales,
- connaissance du code applicable.
La formation continue est indispensable, parce que ce champ évolue sans cesse.
« Dans mon expérience, les meilleures formations sont celles qui relient la pratique clinique, le cadre juridique, la lecture institutionnelle, la compréhension du code de l’action sociale et des familles, les conduites à tenir et le travail avec des acteurs différents. Il faut aussi connaître la mise en œuvre concrète dans un département, pas seulement la théorie (c’est parfois un peu différent…). »
Quelles différences entre médecin référent à la protection de l’enfance et médecin de PMI ?
Le MRPE et le médecin de PMI n’exercent pas exactement le même rôle.
Le MRPE occupe une fonction transversale de coordination à l’échelle du département : il fait le lien entre la CRIP, l’ASE, la PMI, les médecins libéraux, l’hôpital et la santé scolaire. Le but est d’améliorer le repérage des enfants en danger ou en risque de l’être, accompagner les professionnels et favoriser la prise en compte de la santé dans les parcours de protection.
Le médecin de protection maternelle et infantile (PMI), lui, intervient davantage dans un cadre de prévention et de suivi clinique de terrain, auprès des femmes enceintes, des jeunes enfants et des familles. En clair, le médecin PMI agit au plus près des publics, tandis que le MRPE a une mission plus large d’articulation, d’expertise et de soutien aux acteurs de la protection de l’enfance.
Mon conseil à un médecin qui veut rejoindre ce métier
Tu as envie d’aller explorer ce métier ? J’ai demandé à Liliana de t’offrir un conseil !
« Choisir ce métier, c’est choisir le service public et une fonction profondément utile. Ce n’est pas le chemin le plus visible. Ce n’est pas toujours le plus confortable. Mais c’est un poste où le MRPE voit l’impact réel de son action.
Tu travailles au plus près de l’intérêt de l’enfant. Tu aides des équipes. Tu apportes de la clarté dans des situations floues. Tu renforces la solidarité autour de l’enfance.
Je le dis souvent : dans ce métier, tu n’es pas là pour tout résoudre. Tu es là pour faire tenir le lien entre le soin, la protection, le droit, la famille et l’institution. Tu es là pour que l’information préoccupante ne reste pas sans réponse. Tu es là pour que la prise en compte de la santé de l’enfant protégé soit réelle. Tu es là pour que les équipes aient un partenaire médical solide. »
Le médecin référent à la protection de l’enfance occupe une place stratégique au croisement de la santé, du social et de la protection de l’enfance. Son rôle ne se limite pas au repérage des situations de danger ou en risque : il contribue aussi à la coordination des acteurs, à l’évaluation des situations préoccupantes, à la qualité de la prise en charge et à la protection de l’enfant dans un cadre à la fois médical, institutionnel et juridique. C’est une fonction exigeante, mais aussi particulièrement utile pour les médecins qui souhaitent exercer autrement, avec une vision plus transversale et plus préventive.
Pour les professionnels de santé qui s’interrogent sur leur avenir, ce type de poste montre qu’il existe des voies concrètes en dehors des exercices les plus classiques. Encore faut-il identifier ses compétences transférables, clarifier ses envies et construire un projet réaliste. C’est précisément l’objectif des bilans de compétences Med Reconversion : t’aider à faire le point sur ton parcours, repérer les métiers qui te correspondent vraiment et définir une trajectoire professionnelle cohérente, utile et alignée avec tes valeurs.
A très vite pour de nouvelles inspirations grâce à nos réseaux Med Reconversion !
ET POUR LES INFIRMIER(E)S : Nous n’avons pas oublié de penser à vous ! Depuis 2020, un espace en ligne ainsi qu’un programme spécifique ont vu le jour. Ce dispositif te permet de profiter d’une évaluation de tes compétences réalisée par une infirmière, à l’intention des infirmières. Les conseils utiles sont faits pour être partagés, donc n’hésite pas à en informer tes collègues désireux de prendre un nouveau départ !










